Entretien avec Marc du Pontavice (fin)


Sur un plan artistique et visuel, tout était déjà avancé ?


Il y a des choses sur lesquelles je ne pouvais plus intervenir. Le design, par exemple, était terminé, à un ou deux détails près. Mais j'étais tout à fait convaincu de sa valeur. L'animation aussi était terminée. La seule chose sur laquelle on a eu des conversations, souvent fortes et passionnantes avec Chris, c'est sur la lumière, l'étalonnage et le montage enfin, il restait la partie sonore.


Vous avez quand même pu vous réapproprier le film ?


Partout où j'ai pu le faire, je l'ai fait. Dès que j'ai pu donner mon avis, et participer à des choix déterminants pour l'avenir du film, je l'ai fait. Car sinon, jamais je n'aurais voulu prendre ce risque et porter le film jusqu'au bout. Kaena est à la fois un film d'auteur et de producteur. Mais c'est avant tout une création inouïe. L'ambition graphique, et plus encore l'audace thématique qui n'hésite pas à tutoyer la mystique et " la fantasy ", tout cela témoigne d'une vision qui seule appartient aux grands auteurs. Et dans le métier de producteur, il faut apprendre à respecter cette intuition. C'est même l'essence de notre métier. Rentrer dans le film à ce stade ne m'a donc pas posé de problèmes. Je suis heureux, car j'ai apporté ce que j'ai pu, que ce soit sur la lumière et sur la bande son, sur le montage ou sur les voix, et cela correspond très bien à ce que j'ai envie de faire dans le cinéma. Ce qui m'a aussi fait plaisir, c'est qu'on a pu très vite construire un dialogue avec Chris et l'équipe, et je ne crois pas avoir été perçu seulement comme l'hurluberlu qui met de l'argent dans le système. Je crois beaucoup à la nécessité de ce dialogue qui fait du producteur le premier interlocuteur du réalisateur. Et je ne ferais pas ce métier sans cela.


Comment ça s'est passé avec Chris ? Parce que j'imagine que lui aussi a dû accuser le coup…


Pour faire un artiste accompli, il faut au moins trois qualités : un talent qui crève les yeux, une immense ténacité et une grande faculté d'adaptation. Chris les réunit toutes. Et qui plus est, il écoute, se montre ouvert et curieux. Ça ne s'est pas passé du jour au lendemain, car il a fallu que nous nous apprivoisions, mais après quelques rencontres, il a vite pris la mesure de notre détermination. Et puis l'équipe qui était déjà en place au sein de Xilam l'a probablement rassuré sur le fait que nous avions aussi des artistes, et que nous n'étions pas que des financiers.


Et pour le futur ? On parle déjà d'une suite à Kaena…


J'ai déjà demandé à Chris de débuter l'écriture d'une suite. Mais il faudra tout de même attendre que le premier soit en salles !


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