Entretien avec Marc du Pontavice (suite)


Quels ont été les moments les plus durs ?


Ça a été le passage du numérique à l'argentique. Car les scènes étaient sublimes sur le flame, mais une fois sur argentique, nous avions l'impression qu'il fallait tout recommencer.


Et à l'inverse, vos meilleurs souvenirs ?


La bande-son, et notamment la musique. La composition de Farid était très belle, mais comme Chaman n'avait pas les moyens, tout était fait sur synthétiseur. Le résultat était donc très pauvre, et l'émotion ne décollait pas. Il n'y avait pas d'espace, pas de souffle… Il a fallu en catastrophe trouver à Londres des arrangeurs de très haut niveau qui puissent réarranger la musique pour un orchestre. Puis nous sommes allés à Sofia enregistrer avec 60 musiciens. Tout le travail sur les effets sonores a été passionnant, et a permis au film d'évoluer. Progressivement, il trouvait son identité et sa force. Le son fonctionne un peu comme la troisième dimension du film, sans laquelle le film reste à plat, privé d'émotions.


Quel était le challenge pour vous ?


Ce n'est pas forcément la masse financière, car nous avons l'habitude. C'était davantage le fossé technico-artistique entre notre expérience passée et Kaena, qui utilisait une technologie totalement nouvelle pour nous, et avec des contraintes folles. L'équipe n'avait pas d'autres choix que de travailler sur des logiciels grand public! Il y a eu très peu de Recherche et Développement. C'est ça qui était très important pour nous. Parce que sans ressources en R&D, il n'y a que le talent et l'imagination qui comptent. Nous avions vu suffisamment de choses pour être persuadés que le résultat serait fabuleux, mais pourtant, tout restait à faire en finalisation pour être sûrs d'avoir quelque chose qui tienne complètement la route. Un des enjeux qui m'excitait aussi terriblement, c'est que le film s'adressait à un public adolescent et adulte - une nouveauté à cette échelle - avec des personnages humanoïdes, mais qui ne tombaient pas dans le réalisme délirant de Final Fantasy. Si Kaena marche, ce sont des pans entiers de notre industrie qui peuvent se bâtir sur un genre totalement nouveau. Je pense en plus que les Français, par rapport à l'Europe et aux Etats-Unis, ont des choses exceptionnelles à faire valoir. La comédie cartoon, c'est le royaume américain. Mais sur des univers comme Kaena, les talents français n'attendent que de sortir du bois.


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