En fait, ça se comptait davantage en budget nécessaire qu'en finition
du film ?
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Oui. Il manquait beaucoup d'argent, et l'organisation n'était pas trop
au point, car Chaman, à l'inverse de nous, n'avait aucune expérience
dans l'animation et le dessin animé. La première chose que nous
avons faite a été de mettre en place des process et un encadrement
afin que les choses puissent avancer. On peut dire quelque part que le film
était avancé à 50%, mais il y avait des plans qui étaient
littéralement à l'état de cubes. Sur la douzaine de sociétés
à avoir étudié le dossier, nous avons été
les seuls à proposer une offre de reprise. Le risque était considérable.
Sur un film en images de synthèse, vous n'avez aucune visibilité
sur le résultat final, puisque vous devez juger des cubes ! Il faut donc
d'abord beaucoup de confiance dans le film et dans ceux qui le font ; il fallait
ensuite, pour terminer ce film, cumuler quatre domaines d'expertise que personne
d'autre ne cumulait : connaître l'image de synthèse, le dessin
animé, le film et le jeu vidéo. Personne d'autre que Xilam n'avait
ces compétences réunies, c'est probablement pour ça que
les autres sociétés n'ont pas poursuivi. Au-delà de la
crainte - car il manquait entre 5,3 et 6,1 millions d'euros pour finir le film
et le jeu -, ce qui m'a choqué, c'est que tout le monde, y compris ceux
qui avaient déjà investi dans le film, était prêt
à laisser tomber le projet. Le découragement et la perplexité
des investisseurs avaient tué le désir et la curiosité
qui avaient permis de lancer le film. Il n'y avait pas cette force politique
comme il en existe dans la fiction, ce qui montre aussi que le dessin animé
n'a pas encore acquis la considération des grands décideurs. Pendant
les dix jours de préparation du dossier, je n'ai pas réussi à
convaincre les partenaires de me suivre. Je suis donc parti en me disant que
Kaena était tellement fort, qu'il fallait juste leur redonner le goût
du film pour qu'ils reviennent à la table. Ce qui s'est passé
assez vite. Deux ou trois mois en fait. C'est ça que j'aime dans l'histoire
de Kaena, c'est que ce film constamment menacé par les obstacles, y compris
la malchance- et c'est peut-être intrinsèque au pari qui était
impossible sur le papier - était tellement fort qu'il a créé
sa propre énergie, et forcé son destin. Il aurait dû s'arrêter
plusieurs fois, et ça n'est pourtant jamais arrivé. C'est aussi
ce qui le rend séduisant.
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La suite a été plus facile ?
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Non
Car il y avait quand même 70 personnes, et une bonne moitié
était déjà dans la nature, et avait fait son deuil du film.
Il a fallu les rattraper, les relancer, les remotiver. Il fallait surtout réinstaller
la confiance. Et puis très vite, les plans ont commencé à
tomber, ce qui a redonné la pêche à l'équipe.
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