Entretien avec Marc du Pontavice (suite)


En fait, ça se comptait davantage en budget nécessaire qu'en finition du film ?


Oui. Il manquait beaucoup d'argent, et l'organisation n'était pas trop au point, car Chaman, à l'inverse de nous, n'avait aucune expérience dans l'animation et le dessin animé. La première chose que nous avons faite a été de mettre en place des process et un encadrement afin que les choses puissent avancer. On peut dire quelque part que le film était avancé à 50%, mais il y avait des plans qui étaient littéralement à l'état de cubes. Sur la douzaine de sociétés à avoir étudié le dossier, nous avons été les seuls à proposer une offre de reprise. Le risque était considérable. Sur un film en images de synthèse, vous n'avez aucune visibilité sur le résultat final, puisque vous devez juger des cubes ! Il faut donc d'abord beaucoup de confiance dans le film et dans ceux qui le font ; il fallait ensuite, pour terminer ce film, cumuler quatre domaines d'expertise que personne d'autre ne cumulait : connaître l'image de synthèse, le dessin animé, le film et le jeu vidéo. Personne d'autre que Xilam n'avait ces compétences réunies, c'est probablement pour ça que les autres sociétés n'ont pas poursuivi. Au-delà de la crainte - car il manquait entre 5,3 et 6,1 millions d'euros pour finir le film et le jeu -, ce qui m'a choqué, c'est que tout le monde, y compris ceux qui avaient déjà investi dans le film, était prêt à laisser tomber le projet. Le découragement et la perplexité des investisseurs avaient tué le désir et la curiosité qui avaient permis de lancer le film. Il n'y avait pas cette force politique comme il en existe dans la fiction, ce qui montre aussi que le dessin animé n'a pas encore acquis la considération des grands décideurs. Pendant les dix jours de préparation du dossier, je n'ai pas réussi à convaincre les partenaires de me suivre. Je suis donc parti en me disant que Kaena était tellement fort, qu'il fallait juste leur redonner le goût du film pour qu'ils reviennent à la table. Ce qui s'est passé assez vite. Deux ou trois mois en fait. C'est ça que j'aime dans l'histoire de Kaena, c'est que ce film constamment menacé par les obstacles, y compris la malchance- et c'est peut-être intrinsèque au pari qui était impossible sur le papier - était tellement fort qu'il a créé sa propre énergie, et forcé son destin. Il aurait dû s'arrêter plusieurs fois, et ça n'est pourtant jamais arrivé. C'est aussi ce qui le rend séduisant.


La suite a été plus facile ?


Non… Car il y avait quand même 70 personnes, et une bonne moitié était déjà dans la nature, et avait fait son deuil du film. Il a fallu les rattraper, les relancer, les remotiver. Il fallait surtout réinstaller la confiance. Et puis très vite, les plans ont commencé à tomber, ce qui a redonné la pêche à l'équipe.


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