Entretien avec Chris Delaporte (suite)

Quelle était la ligne directrice dans le design des décors ?


Tarik Hamdine et Bernard Bittler ont été les deux personnes qui m'ont permis de pousser le design aussi loin. Pour le village, que j'ai réorganisé au dernier moment, je souhaitais avoir des maisons suspendues en grappes aux branches d'Axis. Avec Tarik, nous avions créé un espace très vaste, que j'ai finalement voulu réduire pour le rendre plus humain. J'ai organisé les maisons comme des favellas. Le temple devant être le point central. D'ailleurs, c'est quasiment tout ce qu'on voit du village et de sa vie. Tout est centré sur le côté mécanique de leur vie, c'est à dire l'offrande, la messe… Tout est axé sur le côté religieux. Pour les Sélénites, je voulais que ça se passe dans la carcasse du vaisseau, et que ce soit très central par rapport au pied de l'Axe. Comme une sorte d'entonnoir qui récupère tout ce que l'arbre peut donner. Tout est donc construit dans cet esprit de centralisation ; il y a une tour centrale, un amphithéâtre… Tout converge vers la Reine. Et je voulais qu'elle soit en face de Vécanoï pour que l'on comprenne ce combat mené depuis 600 ans. D'ailleurs, on voit toujours Vécanoï dans le reflet de ses yeux. C'est vraiment l'obsession de sa vie. Quant à la base Vécarienne, après de multiples recherches graphiques, j'ai décidé d'opter pour la sobriété. La base est une construction métallique usée par le temps. Je voulais vraiment donner au lieu une atmosphère zen : il y a très peu d'objets, de bruit… Ça donne un peu l'impression d'être dans une retraite. Celle d'Opaz. Pour la base, comme pour l'ensemble du monde d'Axis, j'ai voulu garder une dimension verticale.


D'ailleurs, cette atmosphère zen inonde tout le film…


Il y a plein de choses qui vont dans ce sens là. La musique, par exemple. Je ne voulais pas qu'elle souligne les événements . Il fallait qu'elle soit en accord avec le ton du film: c'est l'histoire d'un monde qui meurt, de gens qui se battent pour leur survie, il n'y a pas réellement de méchants ou de gentils. Je voulais donc que la musique porte un regard distancié sur ce qui se passe. Elle apporte au film une sorte de calme que l'on retrouve rarement dans les films d'animation.


Une chose frappe dans le film, c'est qu'il n'y a pas de vrais méchants. Car les Sélénites, que l'on désigne comme les méchants, ne sont que les victimes du crash du vaisseau Vécarien…


Je trouvais ça plus proche de la vie. Je n'arrive pas à croire à ces méchants qui le sont sans raison, et que l'on retrouve régulièrement dans les films. Je trouve ça tellement caricatural. Je n'ai pas envie de dire "Lui est bon, lui est mauvais". Je n'arrive pas à le faire dans la vie, donc il n'y avait pas de raison pour le faire dans le film. D'ailleurs, je ne crois pas qu'il y ait de vrais méchants.


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